Nouveau [essai] N’ayez pas peur du collapse

Pierre-Éric Sutter est psychologue. En 2017, il a commencé à voir arriver des patients atteints par un mal étrange : ils parlaient d’effondrement, de collapsologie, d’écoanxiété. Démuni, il a dû s’intéresser à ce mal… jusqu’à se plonger dedans et se passionner pour le sujet. Aujourd’hui, il publie un livre avec son complice l’économiste Loïc Steffan (chroniqueur pour Yggdrasil!), lui-même bien au fait des questions philo, psycho et socio de la collapso. Pourquoi le choc de la prise de conscience d’effondrements est-il si rude ? Parce que ce que disent les scientifiques du monde entier est tout à fait crédible ! Ils nous obligent à voir la mort en face, ils réactivent notre angoisse de la finitude (individuelle et collective). Dans les fameuses montagnes russes d’émotions qui s’en suivent, la peur tient un rôle particulier. Elle peut sembler de prime abord démobilisatrice, et beaucoup la rejettent. Mais refoulée ou mal assumée, elle peut nous empêcher de vivre correctement. « Nous ne sommes pas de ceux qui pensent qu’il faut effrayer ou culpabiliser, expliquent Pierre-Éric et Loïc. Mais nous ne pensons pas non plus qu’il faille occulter à tout prix toute peur. » Ils ont donc rassemblé et analysé des témoignages de collaponautes affectés par leur peur, mais qui avaient réussi à la dépasser pour en faire quelque chose de positif, pour passer à l’action.

Cette transformation positive, cette « conversion », ils l’ont appelée « métanoïa », un vieux terme de l’Antiquité ravivé pour l’occasion. Il s’agit d’un changement de regard sur la vie, d’un virage. Voilà la découverte : la conscience aiguë de notre mort peut nous permettre soudainement de mieux vivre. C’est évidemment une redécouverte : les stoïciens, les soufis, Goethe ou d’autres innombrables sages avaient déjà découvert ce secret millénaire aujourd’hui oublié. « Mourir à soi-même offre de pouvoir renaître à ce que l’on doit et veut devenir, un être humain dans la plénitude de son être et
non un pantin désorienté par le consumérisme qui tire les ficelles de nos comportements, donnant l’illusion de l’action. ». Bref, il y a une vie après la peur du collapse, il y a une espérance dans la collapso !

Les deux auteurs sont les fondateurs de l’OBVECO (l’OBservatoire des Vécus du COIIapse, obveco.com), un laboratoire qui réalise de grandes études psychologiques et sociologiques sur les collapsonautes. De ce fait, ils prolongent la tendance de la collapsologie (dès le début) à ne pas se contenter des études écologiques ou géopolitiques, mais à intégrer la compréhension de notre psyché. Nous avons besoin de sciences humaines constructives et critiques (dans ce livre, par exemple, ils critiquent la notion de deuil telle qu’elle est présentée communément). Les sciences doivent nous aider à comprendre la juste posture à adopter. C’était l’ambition de cet ouvrage, et c’est réussi !

« Cet ouvrage propose de synthétiser le cheminement singulier qu’ont parcouru les personnes que nous avons Interviewées. En analysant les milliers de données qui en ont résulté, nous avons pu mettre en perspective les dimensions générales du processus faisant cheminer de la collapsophobie à la collapsosophie, sans gommer les particularismes. »

Le livre se divise en trois parties (très « kantiennes ») : « Que puis-je connaître (grâce à la collapsologie) ? », « Que puis-je faire (face à l’effondrement) ? », « Que puis-je espérer (avec le collapse) ? ». Il aborde l’indispensable éthique de l’action avec un langage fluide et accessible, je dirais avec une grande douceur et un regard bienveillant. Inspiré par Spinoza, le livre ne juge jamais, n’est jamais en surplomb, vise la compréhension, « laisse le lecteur se faire sa propre opinion », et suit le fil rouge donné par Saint-Exupéry : « Seule l’action nous délivre de la mort ». Essentiel ! PS

Pierre-Éric Sutter & Loïc Steffan, N’ayez pas peur du collapse, Desclée de Brouwer, 2020

Le PDF de la recension-Yggdrasil

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